HELENA MARTIN FRANCO / CORAZÓN DESFASADO / FRITTA CARO / UNE FEMME ÉLÉPHANTE

NOTES D'ATELIER: LA VALISE
PAGE EN CONSTRUCTION et en attente de Correction linguistique

LE MONUMENT À LA DIFFÉRENCE I: DANSER POUR SE CHAUFFER
Documentation photographique par Gerardo Ferro Rojas, Noémi McComber et Fritta Caro

Le titre de l’action aurait pu être DANSER LA DIFFÉRENCE ou UN MONUMENT POUR SE RÉCHAUFFER. Le mot qui danse reflète le mouvement de ma pratique artistique ; l’atelier se transforme en mot, le mot se met à la place de l’action, un parc devient un atelier, une montagne aussi.

Après "Déconfinamiento corrigé" 2020, action furtive où les protagonistes étaient un cône de trafic, le corps de l’artiste et le parc dédié à l’homme le plus fort du monde, la couleur orange est de nouveau convoqué ici, cette fois pour renforcer la métaphore des identités qui sont toujours en construction. Le thème est la transformation des migrants après le voyage de départ et les deuils qui lui succèdent. La révision de l’histoire personnelle et officielle s’impose à l’exilée et donne lieu à de nouveaux récits, à des identités hybrides, à des changements d’habitudes, de perspectives, à la réévaluation de ses affects.

FAIRE LA VALISE
Qu’est-ce qu’on amene avec soi? Qu’est-ce qui a été perdu en chemin ? Qu’est-ce qu’il était impossible de laisser derrière soi ?

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La mémoire Référents de la culture, statut, identité
Illusions, liens, peurs, incertitudes
Outils pour rester debout
Traumatismes, éducation, religion, orientation sexuelle et de genre.

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Segment de la cumbia colombienne "Danza negra", minute 20:30 de la vidéo suivante.



« La cumbia como matriz sonora de Latinoamérica, Identidad y cultura continental »
Darío Blanco Arboleda. 2018. « Editorial Universidad de Antioquia »
Conférence de l'auteur (espagnol) https://youtu.be/NTAiKVdb6mA

Le lieu

Sur le territoire et la volonté d’attachement au paysage, il est important de mentionner la proposition de Silvia Rivera Cusicanqui sur la création d’un sentiment d’appartenance qui passe par l’immédiat et non par une idée abstraite. Au lieu de l’idée de nation, l’activiste et sociologue bolivienne propose la biorégion, le paysage comme espace de référence. Elle fait allusion à la "matria" au lieu de la patrie, comme un horizon qui nous relie au concret, à la place qui est foulée aux pieds, à ce qui est, et qui aide à façonner d’autres manières de nous relier à l’environnement, de créer des liens d’identité et de sentiment d’appartenance. Voir la conversation entre "María Galindo y Silvia Rivera Cusicanqui: ¿Existe Bolivia? "

"Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver" Gilles Vigneault, 1965

Il est intéressant de faire l’exercice de reconnaître le territoire selon ses multiples perspectives; c’est nation canadienne et/ou c'et sol québécois, c’est une terre ancestrale et c’est en même temps un lieu d’établissement de nouvelles migrations. Chaque point de vu a ses couleurs, ses odeurs, ses acents, ses affects...ses blessures.

Le lieu choisi pour DANSER LA DIFFÉRENCE est le Mont-Royal, une montagne située au centre de la ville de Montréal. Avec ce choix, je fais un transfert affectif avec ma ville natale, où il n’y a pas de montagne sinon une colline; La Popa. Elle n’est pas accessible qu’une fois par an, le 2 février, lors de la célébration de la Vierge de la Candelaria. Une de mes traditions préférées était de monter à pied jusqu’au sommet de La Popa. A chaque fois, une curiosité morbide me faisait aller jusqu’au Saut du Cabrón (Salaund). La légende dit que sur ordre de l’Inquisition, une effigie d’or, un tribut des Bantous et des Carabalis au démon Buziraco, fut jetée des hauteurs de la Popa. Cet endroit a été appelé le Saut du Cabrón. On dit que Buziraco s’enfuit à Cali, tandis que la légende se nourrit d’histoires qui mettaient en doute le moral des gens de cette ville mulâtre. La falaise du Saut de Cabrón aurait soulagé les amants trahis, qui en ce lieu mettaient fin à leur dépit d'amour.

Quel est le rapport entre le dépit d'amour et le Mont-Royal ? Bien que la montagne soit un lieu de loisirs et de sports pour les familles, les randonneurs, les cyclistes, les skieurs ou les patineurs en hiver, elle est aussi un lieu d’évasion, de solitude ou de rencontres ou de fêtes clandestines. On peut rencontrer des passants taciturnes ou mélancoliques. Mais aussi, la montagne remplit une autre fonction ; pour ceux et celles qui, par la distance, n’ont pas accès aux rites funéraires de nos proches, cet endroit devient le théâtre de nos nouveaux rites de deuil. C’est un sanctuaire, c’est un cimetière symbolique, c’est Eden.

La cumbia

D’où je viens, la musique sonne toujours. Le rythme est naturel. Le corps danse, fredonne, se balance comme la mer, comme les branches des arbres. Le corps s’identifie au paysage.

La cumbia est un rythme d’origine métisse qui apporte avec lui une réflexion sur la culture et la classe sociale. Elle voyage et traverse les logiques commerciales et institutionnelles. En l’amenant dans ce contexte, je me propose de citer la campagne institutionnelle du vivre ensemble, mais pour résister à l’option de l’exotisme sur la culture de l'"autre". Il faut constater dans quelle mesure l’usage de la percussion caribéenne, des lettres en espagnol, du mouvement des hanches peut être perçu en Occident comme péjoratif; inculte, bruyant, étranger, dangereux, l’encadrant ainsi dans la catégorie d’un folklore étranger. Les frontières peuvent s’élever rapidement et laisser échapper une ressource de la vie pour le traduire en un cliché : la diversité qui danse et qui chante.

"On danse parce qu'on est en vie"

Pour moi, danser a toujours été un défi. Je suis sûr que le mien est un corps colonisé. Éduquée dans une famille catholique, apostolique et romaine, avec des prétentions d’aristocratie, la danse était secondaire, méprisante, parce qu’elle appelait à la sensualité et au vacarme. D’abord la morale, puis les études et le travail. J’ai appris à nier mon corps, son expression, son plaisir. Cependant, le rythme traverse les murs et les frontières sociales en touchant la chair pour la démasquer. Avant de mourir, mon père m’a expliqué que quand il était enfant, ses parents lui ont interdit d’apprendre à jouer de la musique parce qu’elle incitait à la fête et bien sûr au désordre. À l’âge de douze ans, il fut envoyé étudier à la capitale. Il ne revint jamais à Tame, son village. Miquel Angel, son frère cadet, fut "sauvé" par la polio. Ils ne lui ont pas imposé les études comme aux autres. Au contraire, sa mère et son père l’ont gardé près de eux, on l’a protégé. C’est ainsi qu’il a eu accès au folklore local. Il finit par devenir l’un des musiciens les plus représentatifs des plaines orientales. Il aima tellement sa terre que sa fille unique l’appela Arauca. Carmentea, sa chanson d’amour, est devenue un symbole national. Alors que mon père suivait une carrière militaire. Il disait que la violence de l’époque ne lui a pas laissé le choix. Mon grand-père n’a jamais voulu d’enfants militaires. La guerre en a donné deux.

Pour moi, danser a toujours été un défi. Je devais boire de l’alcool pour perdre la peur et me détendre, pour pouvoir profiter de mon corps et me laisser aller au rythme et à la rencontre avec les autres corps. La danse est-elle un outil de décolonisation? Dans mon cas, oui. J’ai grandi avec des rythmes métis, africains et autochtones. Je suis ému par un Porro, une Bullerengue, la Salsa et la Cumbia. Ces racines aimées, ont été niées ou sous-estimées par les hiérarchies de classe et de race, mais la rébellion du corps leur appartient. Ou plutôt, la rébellion et le corps leur appartiennent, aux racines non européennes.


La famille, l'origine de la soumission, la raison d'émigrer le plus loin possible.

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- Le deuil; un autre processus de déconstruction.

DIRE/DECIR. Je suis né à Carthagène, une ville difficile, coloniale dans son architecture et dans sa psyché. Elle a une dette éthique profonde qui ne tient plus debout. Extrêmement raciste, classiste, homophobe, la ville enchante et étourdit. Elle ne lâche pas. Elle se nourrit de tous les obstacles possibles. Il n’y a pas d’autre option, il est préférable de sortir de là. Pour les "filles bien" la marginalité n’était pas une option. Sans ailes on ne peut pas voler. J'ai dû prendre un avion.

Quand la violence machiste est présente dès ta naissance, il n’est pas facile de la reconnaître. Le temps et la distance aident à comprendre pourquoi pour certaines femmes, il est plus facile de partir. Pourquoi est aussi fort le désir de partir. D’où vient l’énergie de changer de pays, la motivation de connaître et d’essayer de s’intégrer à d’autres communautés culturelles, d'où on puise le courage nécessaire pour s’enraciner dans d’autres territoires.

- Elle, celle que j'ai été

Après 23 ans de migration, la succession de deuils a déclenché un processus d’évaluation de l’histoire personnelle, une autre, et avec elle une nouvelle compréhension du départ (la fuite). Elle comprend alors qu’elle a quitté son pays d’origine pour sauver sa vie. Elle ne pouvait nommer le danger. Il s’habillait d’asphyxie, de désespoir, d’ennui, de folie; c’était la famille. Vingt-trois ans plus tard, elle comprend que le véritable sens du changement de pays était la rupture avec la famille maternelle. Les raisons sont si lointaines qu’elles ne lui appartiennent pas : divergences idéologiques, rivalités transgénérationnelles, soumission sociale et crimes religieux. Le fait d’être femme, artiste et la plus jeune de sa génération la rendait facilement la cible d’hostilités et de trahisons, un bouc émissaire. Elle essaie de comprendre, elle pense qu’après 60 ans de guerre, il est normal que les familles colombiennes soient blessées à mort. Il est resté la haine assaisonnée du pacte patriarcal et la criminalité. C’est ainsi qu’ils se sont forgés le découragement, la méfiance et le mépris, couverts d’un voile de gentillesse. Dans cet environnement hostile, la vie n’était pas possible. Certaines avons décidé de partir le plus loin possible.

"Non, les familles d’autrefois n’étaient plus unies, elles étaient plus fidèles au pacte de silence de la violence patriarcale"
Du mur(fb) de Mamá alterada

De "Cuerpos Enclaustrados"
"En mis estudios pasados he escrito sobre las experiencias de género en el grupo de inmigrantes colombiano en Londrés. He estudiado como son las mujeres las que más se destacan en tierras lejanas de sus orígenes. Después de realizar este estudio en donde la sentencia más recurrente es el destierro para las reas, me parece algo que puede explicar la migración femenina de las colombianas. Dos cientos años han pasado y con ellos muchos cambios sociales y políticos en nuestro país, pero la violencia de un destierro o de una huida forzada del lugar de origen que hoy en día es considerado como una diáspora, existe. La salida Diasporica de Colombia para muchas mujeres es una realidad y es tomada como una salida moralmente permitida a la que en la actualidad no se le distingue como violenta". Roxana Buitrago Leal, 2008. Cuerpos Enclaustrados: Construcción del cuerpo femenino en el Caribe colombiano 1610-1660.

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"J’ai dû mourir quelques fois pour apprendre à apprécier la vie, et quand je parle de mourir, je ne parle pas de cesser d’exister. Il y a des situations qui tuent l’esprit et vous mourez même si vous respirez" Cette phrase qui semble anonyme a été prise sur les réseaux sociaux.

Les couteaux enfoncés dans le dos, il y en a plusieurs; les professionnels, les sentimentaux, mais les pires, les blessures mortelles, aujourd’hui je le sais, sont infligées par la famille, raison de partir loin et de commencer à apprendre seule des deuils.

La huida

"Eréndira puso entonces el platón en una mesa, se inclinó sobre la abuela, escudriñándole sin tocarla, y cuando se convenció de que estaba muerta su rostro adquirió de golpe toda la madurez de persona mayor que no le habían dado sus veinte años de infortunio. Con movimientos rápidos y precisos, cogió el chaleco de oro y salió de la carpa.
Ulises permaneció sentado junto al cadáver, agotado por la lucha, y cuanto más trataba de limpiarse la cara más se la embadurnaba de aquella materia verde y viva que parecía fluir de sus dedos. Sólo cuando vio salir a Eréndira con el chaleco de oro tomó conciencia de su estado.
La llamó a gritos, pero no recibió ninguna respuesta. Se arrastró hasta la entrada de la carpa, y vio que Eréndira empezaba a correr por la orilla del mar en dirección opuesta a la de la ciudad. Entonces hizo un último esfuerzo para perseguirla, llamándola con unos gritos desgarrados que ya no eran de amante sino de hijo, pero lo venció el terrible agotamiento de haber matado a una mujer sin ayuda de nadie. Los indios de la abuela lo alcanzaron tirado boca bajo en la playa, llorando de soledad y de miedo.
Eréndira no lo había oído. Iba corriendo contra el viento, más veloz que un venado, y ninguna voz de este mundo la podía detener. Pasó corriendo sin volver la cabeza por el vapor ardiente de los charcos de salitre, por los cráteres de talco, por el sopor de los palafitos, hasta que se acabaron las ciencias naturales del mar y empezó el desierto, pero todavía siguió corriendo con el chaleco de oro más allá de los vientos áridos y los atardeceres de nunca acabar, y jamás se volvió a tener la menor noticia de ella ni se encontró el vestigio más ínfimo de su desgracia"
. Gabriel García Márquez, La Increible y Triste Historia de la Cándida Eréndira y su Abuela Desalmada

Qu'est-ce qui était impossible à laisser derrière soi ?

twitter de fernando vallejo

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photo de la valise